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De la réalité chinoise, on retient une légende

À l’origine, c’est un conte de fée italien, plein de chinoiseries, issu de la tradition de la commedia dell’arte, écrit par Carlo Gozzi en 1762. Puis un opéra de Puccini de 1924.
De quoi parlait-on, en 1762 ? En 1924 ? Pas de la Chine réelle. La Chine, quasi inconnue à l’époque, est un prétexte à l’étrangeté, à la nouveauté, au surnaturel, au rêve, au rire. Au spectacle.
Turandot, c’est la double vision juxtaposée d’une Chine fantasmée à deux époques : un pays lointain, immense, aux lois obscures, intensément peuplé. Ce qu’on en sait à l’époque de Gozzi, on le sait à Venise par Marco Polo et la route de la soie.
Les vers à soie, précieux comme les épices, auraient pu un jour devenir papillon. Voilà ce qu’on sait.
Guère plus au début du vingtième siècle : Loin, là-bas, une civilisation ancienne fait ses petites affaires à l’écart du monde. Un pays qui fourmille d’habitants innombrables. Une fourmilière ?
De la réalité chinoise, on ne retient qu’une légende : comment un papillon émergea un jour d’un érable. Comment ce papillon se maria avec une bulle et pondit 12 œufs. Comment, de ces œufs émergea Jiang Yang, le premier homme Miao qui créa son peuple. Un homme papillon ? Et puis, il s’agit de commedia dell’arte : rires et mimiques. Improvisations.
Il fallait surtout étonner. Encore aujourd’hui, c’est souvent comme ça.

Qu’est-ce que la féérie aujourd’hui ? La science ? La technologie ?
Sciences naturelles : notre étonnement sans cesse renouvelé par l’ingéniosité de la nature. Et sa cruauté. Microcosmos : Lire l’humain dans l’animal. Comprendre par eux les lois de la sélection naturelle: réussir ou être tué. Dévorer ou être dévoré. L’image de la mante religieuse s’impose à nous comme si peu humaine… et pourtant. Cette étrangeté nous ressemble.
Mais le spectaculaire toujours l’emporte sur la réflexion, sur la compréhension. Nous voulons être étonné. La technologie étonne. La technologie est un feu d’artifices. La technologie est le merveilleux du 21e siècle. Tout est ondes et corpuscules, lumières, vitesse.
Les comportements humains, pour un extraterrestre, seraient plus difficiles à comprendre que ceux des insectes.

La Chine et ses papillons. Sélection naturelle. Émerveillement. La vie des insectes en société peut-elle inspirer la vie des humains en société ? Dans la fourmilières comme à la cour impériale millénaire, et comme dans la commedia dell’arte, les individus ne se différencient pas de leur fonction. Ils sont leur fonction. Ils ont l’apparence de leur fonction. Reine, ministres, soldats, ouvriers. Un monde différencié, qui tranche sur la complexité du nôtre. Il y a ceux qui volent et ceux qui rampent. Et puis il y a, au ras du sol mais soutenant la voûte céleste, Le fils du ciel, l’empereur. Il règne parmi les tiges épineuses sur les dangers du monde.
L’émerveillement se produit-il lorsque, regardant au loin, nous nous reconnaissons ?