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Le rêve américain

La cendre est le symbole universel de l’humiliation et de la pénitence.
Des versions antérieures au conte occidental ont été retracées en Asie, en Afrique, partout à travers le monde. Cendrillon est un vieux rêve universel.
Le conte de fée est un outil d’éducation sensé nous apprendre à vivre. Pourquoi faut-il sans cesse répéter ?
Il s’agit de sortir de la cendre pour accéder à la lumière, pour briller à son tour, comme un diamant extrait de sa gangue. Il ne s’agit pas de se fier à soi-même pour s’en sortir, mais plutôt à sa bonne étoile (sa fée marraine), au hasard, à la chance, au destin. Il s’agit d’être reconnu pour ce qu’on est, en soi. D’être découvert parce qu’on existe, d’être aimé parce qu’on existe, d’être célébré parce qu’on existe. On le mérite, parce qu’on existe.
Séduire et plaire : c’est l’effet que cherchait à produire l’opéra de Massenet. La Féerie, c’est flatter le rêve dans le sens du poil, conforter l’opinion que tout finira bien. C’est promettre le ciel.
Mais la réalité est plus crue et rarement le prince épouse la roturière.

L’Amérique des années cinquante. Après la guerre, après avoir sauvée l’Europe, l’Amérique peut même prétendre à une aristocratie nouvelle par le cinéma d’Hollywood. Le mariage de Grace Kelly et du Prince Rainier prouve que tout est possible.
C’était la dernière époque de confiance en l’avenir.
Suivront le féminisme, la guerre du Vietnam, Mai 68, l’université de Kent, les Blacks Panthers puis, rapidement, la première crise du pétrole, le réalisme économique, le capitalisme triomphant, La Fin de l’histoire de Fukuyama. Thatcher, Reagan, Bush père et fils.
Nous ne croyons plus aux contes de fée. Notre époque est ironique, cynique. Et pourtant, l’envie de croire reste plus que jamais présente. À preuve la fascination pour la vie des gens riches et célèbres, les potins de vedettes. Interrogés, les enfants ne rêvent plus de devenir astronautes. Ils veulent être célèbres. Seulement, ce n’est plus collectif. Chacun pour sa pomme. Moi d’abord parce que les temps sont durs.
Mais dans les années 50 nos pères et nos mères se mariaient pour la vie, pour le meilleur et pour le pire. Ils y croyaient. Nous sommes tous les enfants de cette naïveté, de cette confiance en l’avenir. De ce rêve américain.

Le rêve américain, c’est échapper à la cendre, devenir quelqu’un. Réussir. Accéder à la propriété. Le rêve américain, c’est un appareil électroménager pour chaque tâche, rutilant, trônant dans la cuisine pour la Reine du foyer.
Le rêve américain, c’est la petite clôture blanche qui délimite les frontières du royaume. Si un mélangeur peut rendre heureux, pourquoi une table en formica ne pourrait-elle pas se transformer en carrosse ?
Le confort moderne est un mensonge énorme, censé faciliter la vie, mais la remplaçant. Des Monsieur Propre pullulent afin que tout brille, que tout reluise ! Et le téléviseur est le nouveau prophète, l’oracle au centre de ce temple : la cuisine.
Pour une femme au foyer, c’est le mariage qui est la Voie Royale. Trouver le Bon Parti, qui nous sauvera de la misère, de l’ennui, de la banalité, du mépris des autres qui se croient mieux placé.
Trouver l’amour ? tout le monde le mérite. Tout le monde le peut. Il s’agit simplement de trouver chaussure à son pied.
Ciné-parc. Grosses voitures et grosses vedettes. La magie, c’est le cinéma, les stars, le rêve.
Le rêve de la petite fille, c’est d’épouser le Prince. Avec le prince viendra l’amour, l’argent et la célébrité. Trois pour un. Par alliance, être enfin connue, reconnue. Être découverte.
L’Amérique ne connaît pas le clivage de classe. Tout le monde veut (et peut) devenir une star. Pour cela, il y a les concours de Miss, de popularité, de talent. Chacun peut devenir l’élu, puisque chacun est unique. Chacun a un talent qu’il lui faut découvrir, un amour qu’il lui faut trouver.
À condition, bien sûr, de savoir qui on est pour savoir ce qu’on veut. Là réside toute la difficulté de la chose.